Discours du 11 novembre 2021

Discours de Madame le Maire lors de la cérémonie de commémoration du 11 novembre.

Massacres à l’Est, c’est ainsi que l’on aurait pu appeler cette période de 14/18.

 

Le tocsin a sonné 3 fois en ce 1er aout 1914 et la France mobilise.

Les livrets militaires ressortent, le citoyen devient soldat.

Les épousent et les enfants accompagnent les soldats et les séparations sont douloureuses, mais le devoir envers la mère Patrie est obligatoire. On leur a dit que la guerre serait courte…

L’armée allemande, plus moderne et supérieure en nombre et en matériels, attaque. Après plusieurs échecs comme Charleroi et Morhange, les soldats français extenués remportent la bataille de Guise qui redonne de l’espoir. S’ensuivront de très nombreuses batailles, de la Marne au canal de l’Ourcq, de l’Artois, de la Somme, de la Champagne….

Une nouvelle forme de guerre, appelée la guerre des tranchées est née, en attendant celle plus technologique, importée par les allemands avec l’utilisation des gaz de combat qui feront des ravages.

Les journées sont longues, la nourriture manque, le froid et les maladies sont omniprésents. Les rats sont partout. Les soldats écrivent à leur famille, seul lien encore possible avec leur vie d’avant.

Je vais, cette année, vous donner lecture d’un écrit d’Elie Chamard, industriel, écrivain, historien, né en 1891 et décédé en 1971 à l’âge de 80 ans qui retrace l’horreur de cette guerre :

« Printemps 1916, j’étais brancardier musicien. Le poste de secours de la 18ème division avait été installé dans les caves du château d’Esnes, à deux kilomètres à peine de la première ligne. Je n’oublierai jamais l’aspect du poste de secours et son fonctionnement. Dans les caves consolidées par le Génie et éclairées à l’acétylène, s’empressent deux majors en blouse blanche et un aumônier militaire tenant un crucifix. Les blessés leur sont successivement apportés. Les majors coupent, taillent à même les chairs, déroulent de longues bandes de gaze, défont de gros paquets de ouate. Le sang coule. L’aumônier exhorte le patient qui souffre et qui crie. Son pansement terminé, le blessé est porté dans une auto-ambulance, laquelle, dès son chargement complet, regagne à toute vitesse l’arrière. Quand son état est jugé grave et pour ainsi dire désespéré, le blessé est remonté dans la cour et laissé à même le sol ou sur un brancard. Et ce triage redoutable, les majors, faute de place, faute de temps, sont obligés de l’exécuter dans des conditions tragiques. Chaque blessure soulève un cas d’espèce qu’il faut résoudre en toute conscience et presque instantanément. Ah ! Celui-ci, pauvre bougre, blessure au ventre, rien à faire ; celui-là, jambes broyées, hémorragie, trop tard ; cet autre, déjà dans le coma… emportez, emportez… Place à d’autres moins grièvement touchés et qu’on pourra sauver… »

C’était ça la Grande Guerre. Difficile d’envisager de telles conditions dans le confort de nos vies actuelles.

 

Puis vinrent les discussions sur les conditions de la paix et l’arrêt des combats. L’armistice fut signé dans un wagon à Rethondes dans la forêt de Compiègne, la 11ème heure, du 11ème jour, du 11ème mois, c’est-à-dire le 11 novembre 1918 à 11h.

Après quatre années de guerre, on fête la fin des hostilités, mais partout les veuves et les orphelins pleurent un être cher.

Le bilan humain est terrible :

  • 1 383 000 militaires tués sur 8 410 000 mobilisés, cela représente 900 tués chaque jour ;
  • 3 594 000 blessés dont 15 000 gueules cassées, 100 000 mutilés ou amputés, 42 000 aveugles ou borgnes en raison essentiellement des éclats d’obus.

Une fois la guerre finie, il fallait rendre hommage à tous ces soldats morts pour la France.

Les premiers monuments aux morts sont érigés dans les communes, comme celui de Limours, qui a vu le jour en 1922, où les noms sont gravés à jamais et que les élèves présents égrèneront tout à l’heure.

Dans quasi toutes les communes de France, une rue portera le nom de Verdun. Limours n’échappe pas à la règle.

C’est dès le plus jeune âge, qu’il faut enseigner l’Histoire, l’Histoire de France, certes, mais aussi celle de l’Europe et démontrer aux plus jeunes que la guerre et la haine entre les peuples ne sont pas une fatalité. Leur parler de coopération, de réconciliation, et surtout de paix dans un monde qui est en perpétuel recommencement.

Encore un grand merci aux enseignants pour le devoir de mémoire de ce lundi avec tous les élèves des écoles élémentaires.

Etre fidèle à tous ceux qui sont morts pour la France et commémorer leur courage, c’est construire l’Europe pour construire la paix.

 

Les jeunes, aujourd’hui présents, je vous remercie et je vous dis « soyez les messagers de la paix ».

 

Je terminerai par un message de paix écrit par Victor Hugo (1802-1885) bien avant cette terrible guerre mais dont la citation est tellement encore d’actualité.

…et de l’union des libertés, dans la fraternité des peuples, naîtra la sympathie des âmes, germe de cet immense avenir où commencera, pour le genre humain, la vie universelle et que l’on appellera la paix de l’Europe.

Merci à tous.

 

Chantal Thiriet, maire de Limours, 11 novembre 2021.